Comment aborder la dégustation ?

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Comment aborder la dégustation d’un cigare ? J’entends souvent de la part d’amis amateurs s’exclamer, « Moi j’sens rien !! » ou bien s’interroger «comment fais-tu pour ressentir tout ça ? Autant de questions que de sensations possibles, faudrait-il être chaman pour décrypter nos  volutes ou posséder quelques dons de divination appropriés à la dégustation, je ne pense pas ! Vous comme moi, possédons tous la faculté d’apprécier ou  de dévaloriser les choses que nous côtoyons chaque jour, architecture, peinture, musique, danse, dessin, sculpture, les bienfaits de la nature et la gastronomie, correspondent au fondement de la morale, une forme d’eudémonisme impérialiste. Inconsciemment ou consciemment, notre analyse constante de notre monde nous apprend à discerner le beau du laid, le bon du mauvais, et cela en va de même pour un simple cigare, un vin ou une simple tranche de foie gras ! Une expression que nous connaissons tous, lorsque les avis divergent dans une discussion  « Oui mais, les goûts et les couleurs, tu sais…!! » Une expression paradoxale qui ne veut pas dire grand-chose, prenez là au sens propre, pensez-vous que la couleur jaune puisse être perçue verte ou bleue, voire rouge suivant le type de personne. Pensez-vous que le goût de l’agneau peut se rapprocher de la saveur du bœuf ? Bien entendu, tous ceux qui souffrent de problèmes de daltonisme ou de dysosmie seront des exceptions qui ne rentrent pas dans ce schéma. Le problème vient plus généralement d’un vocabulaire inadéquat dans certaines observations pour définir nos émotions. Une couleur au cœur de nombreuses discussions est sans aucun doute celle de la couleur verte et bleue ! La couleur verte est produite à part égale, ou pas, de jaune dans le bleu suivant la quantité de l’un ou de l’autre le vert sera plus jaune ou plus bleu, mais beaucoup affirmeront avec conviction que le vert est bleu ou le bleu est vert !! Rien de physiologique dans tout cela, mais plutôt un vocable mal adapté dans la manière d’aborder notre environnement avec rigueur.

D’ailleurs, heureusement que la nature nous a armés des mêmes aptitudes de perception : la vision, l’ouïe, le goût et l’odorat afin que l’homme puisse rester en harmonie avec son environnement ainsi qu’avec  ses congénères. Toujours à propos de cette expression, je suis d’accord avec vous et je devine votre réflexion, comme quoi la perception d’un individu à un autre peut différer « Moi, je n’aime pas les huîtres ! » ou « Moi, je déteste les cigares Dominicains », ce n’est pas un problème physique, mais plutôt d’ordre de la psychanalyse, je pense, les raisons sont bien plus complexes qu’il n’y paraît, qu’une simple affaire de goût. Tout cela pour vous expliquer avec mes mots que nous sommes tous armés de la même façon et égaux face à cette appétence qui anime notre vie de tous les jours. Bien que nous ayons les mêmes outils pour interpréter le monde, nous ne possédons pas forcément les mêmes acuités pour chacun de nos sens, certains ont une vision extraordinaire de loin et d’autres portent des lunettes !   

Prenons le cas d’une œuvre picturale, vous contemplez un tableau dans un musée comme le radeau de la Méduse d’Eugène Delacroix exposé au Louvre, facile tout le monde le connaît. Face à sa contemplation votre œil produit d’infimes signaux chimiques à votre cerveau qui déclencheront une émotion agréable ou pas en fonction de vos souvenirs, cela peut déclencher des larmes, de la joie suivant certaines personnes ! Malgré tout cette représentation d’Eugène Delacroix restera identique à tout le monde. Hormis votre sensibilité unique en fonction de votre passé, le responsable analytique de ce travail provient des capacités innées de notre cerveau à associer les formes et les couleurs dans le juste équilibre d’une composition ainsi que ses proportions à devenir  harmonieuses à notre œil. Comment fait-on ? Il faudrait remonter très loin dans le temps pour trouver l’ébauche d’une réponse, de manière empirique il semblerait que la nature possède un don avéré pour les proportions. Je pense notamment au fameux nombre d’or ( 1,618 ), dont le nautile ce merveilleux coquillage semble tirer sa beauté en ‘spiralique’.

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Le radeau de La Méduse.

Et si le bon goût en bouche produit par la fumée d’un cigare possédait lui aussi ses proportions universelles pour être appréciées. Comme l’utilisation du nombre d’or par de nombreux artistes, « La naissance de Venus » peint par Botticelli par exemple et certaines œuvres musicales, même des instruments de musique comme le violon respecte ce calcul magique emprunté à la nature !  Et pourquoi pas l’olfactif ? 

L’appréciation de tous ces tableaux attribués à la période romantique des grands peintres du XVIIIe siècle, idem pour le classicisme, donne à nos émotions un sentiment de sécurité, d’ailleurs il est rare de ne pas les trouver plaisants à regarder malgré les sujets mis en scène. Mais que penser d’une œuvre de Braque ou de Kandinsky ? Deux maîtres dans leur domaine, l’un excelle dans le cubisme et l’autre dans l’Art moderne ou l’inverse, difficile pour les néophytes que nous sommes de s’y retrouver dans ce monde plus indistinct. Un œil non averti y trouvera de la sottise, de la lourdeur, de l’inexpérience dans le trait. Pour en déceler la quintessence il faudra nécessairement ouvrir les pores de notre cerveau et sans délecter ! L’exercice demandera du temps, plus de subjectivité sous cette forme d’Art et moins d’objectivité surtout. Laissez votre cerveau interpréter toutes ces distorsions de formes et de couleurs en puisant plus profondément dans notre inconscient aura pour effet de produire de nouvelles visions de ce chaos. Etrangement dans cette forme représentatif, chaque tableau donnera libre court à notre inspiration du moment, aucune personne ne le percevra tel que le nous voyons réellement !! Le cigare a parfois cette magie et oscille entre fantasme et réalité, mais là nous entrons dans le domaine secret et ésotérique de la feuille de tabac noir, un monde où tout béotien se verra condamner à une errance sans retour possible dans sa quête chimérique et « cigaristique ». Ce châtiment précieux dont je vous parle, j’en jouis encore aujourd’hui avec grand bonheur !! Mais revenons à nos cigares.

Un cigare s’écoute et vous murmure bien des choses à qui sait l’entendre, si vous êtes suffisamment attentif à ses humeurs, vous percevrez l’idiome de ses arômes. Pour le comprendre dans un premier temps, aiguisez vos sens en les travaillant régulièrement, plus vous serez réprobateur envers vos dégustations, plus vous en apprendrez. Le critique gastronomique devient un maître dans son domaine à force de goûter des plats, il sait reconnaitre la qualité des matériaux utilisés ainsi que le travail accompli pour produire une recette. Un petit conseil, dégustez le plus souvent seul et au calme. Tout dépend si vous fumez ou si vous dégustez !

 Prenez le temps de prendre des notes afin de les interpréter plus tard pour en recréer une petite histoire, un déroulement significatif de votre ressenti. Evitez les mélanges dissonants et trébuchants, sauf si le but recherché comprend bien sûr des associations adéquates. Préférez la neutralité avec un thé tiède et peu sucré ou simplement un verre d’eau, cela évitera de souiller les arômes délicats de votre module à expertiser.     

Si vous suivez parfois des émissions culinaires comme ‘top chef’ ou ‘Master chef’,  il y a une chose primordiale à ne jamais oublier lorsque vous cuisinez, l’assaisonnement ! La dégustation d’un cigare rejoint ce même principe, les premières sensations que nous ressentons face aux premières bouffées concernent cette consistance, cet équilibre en bouche que j’attribue toujours à l’assaisonnement d’un plat. Prenez par exemple le meilleur des mets et le plus cher de la carte d’une des plus belle table étoilée française, si le chef a omis de saler son plat, son insipidité deviendra de suite palpable et insupportable, nul besoin d’être une lumière en gastronomie pour crier haut et fort « S’il vous plaît le sel, merci ! » même si son ajout tardif n’aura qu’un effet illusoire sur le travail accompli et ne pourra pas être savouré à sa juste valeur. Par habitude de goûter différents cigares de terroirs quel qu’il soit, ce sentiment se détecte assez rapidement dès les 20 premières minutes, voire même avant. Ne jamais oublier « qu’une fumée se mange », mâchez là par petite bouffée pour qu’elle circule librement dans toute votre bouche pour en expertiser chaque molécule (un précepte de mon ami  JMH que j’applique souvent lors de mes analyses). Vous comprenez maintenant une des raisons de la dégustation en solo,  car toutes ses mimiques buccales et autres cocasseries s’efforceront de vous ridiculiser avec  lyrisme !     

Chaque cigare possède une composition expressive différente suivant son environnement ( son terroir et son climat ) dont il provient, ainsi que son ADN ( son patrimoine génétique ), sans oublier le travail des hommes ( l’agriculture pour le produire ). Dans un sens certaines feuilles (matériaux) possèderont de meilleures qualités gustatives que d’autres c’est une évidence, prenez une tomate achetée chez votre petit maraîcher dans votre village et celle vendue en grande distribution, elle aura bien meilleur goût. Et bien chaque mélange (liga) contiendra une qualité aromatique en fonction de tous ses facteurs évoqués un peu plus haut.  Mais comment reconnaître la qualité de toutes ces feuilles dans les cigares que nous fumons, tout simplement l’abnégation dans  la dégustation dans toute sa complexité en affutant chaque jour un peu plus votre perception.  

Le pire qu’il puisse arriver serait la disparition d’un terroir et de tout son savoir- faire, l’effacement total d’une identité olfactive et gustative, cela est de notre responsabilité, nous amateur. Prenez le cervantes Molinos de Sancho Panza, un excellent cigare Cubain dont la production vient d’être arrêtée, faute de public aujourd’hui pour l’écouter !   

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Sancho Panza « Molinos de 2001 » offert par mon ami Yann.

Comme pour la cuisine, une fois votre plat correctement assaisonné, il faut ensuite en apprécier la qualité des aliments qui le composent, ceux qui détermineront sa complexité aromatique ! Un bon steak purée, son volcan et sa sauce même très bien salée et poivrée sera effectivement très bon, mais de là à vous extasier ! Nous sommes bien d’accord. Pour certains cigares, c’est à peu près la même chose, rien de très complexe dans la recette en soi, mais d’une bonne consistance, ce qui leur permet de se maintenir à flot dans une moyenne acceptable, je dirai que ces cigares représentent en moyenne 90% du marché et puis il y a les autres…

Comme pour les arts en général, lorsque vous déguster un cigare, celui-ci doit vous suggérer une émotion, une histoire parfois, un frisson pour certain (très rare je vous rassure), selon votre sensibilité et le moment, votre humeur et le lieu où vous vous situez.

La persistance ou longueur en bouche s’apparenterait d’une certaine façon à celle de tenir la note le plus longtemps possible comme le ferait un musicien ou un ténor, voici un autre facteur intéressant et prédominant dans la dégustation d’un cigare, à condition que celle-ci, cette note soit agréable gustativement et non dissonante. Comme vous pouvez le ressentir, une dégustation peut aussi de manière suggestive se mimer à un orchestre symphonique ou un opéra, évoquant une évolution rythmique, une sorte de tempo organoleptique capable de maîtriser l’équilibre du cigare, de la pièce, tout au long de sa combustion. Avec de l’entrainement vous entendrez aussi un jour les cordes, les cuivres et les bois vibrer dans les volutes bleutées de votre double co « Lusitania « par exemple.

Sachez que toute représentation olfactive stockée dans notre cerveau suscite des images souvenirs de celle-ci, on se souvient dans un premier temps de l’aspect et non de son odeur. En effet nous ne stockons pas les odeurs de manière physique mais uniquement par des associations d’images, sans cela il nous serait impossible de se comprendre et d’en apprécier leur originalité. Prenez un exemple, vous sentez l’odeur d’essence de citron dans une pièce, automatiquement votre cerveau  vous sortira la fiche d’un citron. Plus votre cerveau stockera de fiches, plus vous serez capable de les reconnaitre plus tard lorsque vous serez confronté un jour à cette odeur. D’ordre plus philosophique, vous connaissez cette expression « Ma madeleine de Proust » tiré du livre ‘Du côté de chez Swann’, dans le texte cela signifie manger une madeleine et en percevoir une brève et vive émotion, faisant ressurgir des profondeurs un souvenir agréable lié à cette odeur, celui par exemple de votre mère ou de votre grand-mère préparant une pâtisserie lorsque vous étiez enfant, exaltant des flagrances magiques et gourmandes dans l’instant présent, une sorte de film souvenir souvent déstabilisant lorsque cela nous frappe ! En dégustant votre cigare, certaines formes aromatiques vous portent parfois à replonger dans la grâce de vos souvenirs.

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Marcel Proust.

Chaque nouvelle dégustation en appelle une autre, une terrible malédiction associée à quelques feuilles de tabac roulées…

Edmond.            

4 commentaires sur “Comment aborder la dégustation ?

  1. Ouah je suis toujours impatient de voir tes textes et là je ne suis pas déçu du voyage, et quel voyage !
    Je vais continuer à m’exercer à reconnaître les arômes, et Dieu sait que ce n’est pas simple.
    J’achète des cigares que tu as déjà dégustés par le passé, et je tente au passage de retrouver les arômes que tu décris. Et peut qui sait un jour je deviendrai un expert comme toi. Mais pour le moment je prends tout simplement du plaisir à le fumer, en me coupant du monde. Merci à toi de partager ta passion

  2. Je rejoins SD dans son commentaire, ça fait plus ou moins deux ans que je fume le cigare. Certaines notes sont facilement détectables car fortement présentes, mais pour découvrir les petites subtilités, il y a encore du boulot!
    Comme c’est mon premier post, j’en profite pour te féliciter pour ton Blog!

  3. Merci à toi Sd !
    Mais l’expert que tu sites, l’est autant que toi. Face au cigare, nous sommes tous des enfants, avides de plonger les mains dans la bonbonnière du boulanger pour en tirer le meilleur, cette forme de béatitude innocente, ce moment de plaisir égoïste et contemplatif !
    à bientôt,

  4. Merci pour ta visite Michael !
    Tu verras, avec beaucoup de passion et de travail, tout vient à point, à qui sait attendre.

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