Livre « CIGARES » de Luc Monnet – préface de Jean Paul Kauffmann

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C’est en août 1995 à l’occasion d’un voyage personnel à Cuba que tout a commencé.
Pour un photographe (ou un homme d’images), la découverte d’un pays comme Cuba est une expérience marquante.Rien n’y est visuellement banal, fade ou tiède et chaque instant se vit avec une intensité que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs dans le monde. La plus simple des rencontres est souvent le début d’une aventure humaine qui nous emporte là où l’on n’a pas décidé d’aller, chaque coin de rue est comme le fragment du destin si particulier de ce pays, chaque détail architectural, chaque scène de la vie quotidienne expriment une émotion esthétique puissante. Mais, plus que toute autre découverte, l’univers du cigare fut sans doute pour moi
La rencontre importante de ce voyage. Le premier contact avec la manufacture Partagas fut un déclic. Il m’apparut comme une évidence que, bien plus qu’un simple produit, le cigare est un monde dans lequel j’ai plongé pour ne jamais le quitter.A mon retour, la tête dans mes images, je découvre l’existence d’une nouvelle revue fondée par Jean-Paul Kauffmann : l’Amateur de Cigare. Quelques tirages sélectionnés, une porte poussée, et c’est le début d’une collaboration et d’une passion commune pour le monde du cigare, elles m’ont emmené à la découverte d’autres pays, d’autres terroirs, d’autres histoires de cigares.Depuis 20 ans, je photographie l’univers du cigare, ses champs, ses manufactures, ses hommes, ses femmes qui vivent pour et par le cigare
à Cuba, au Honduras, au Nicaragua et en République dominicaine.La plupart de ces images n’ont jamais été publiées. Le noir et blanc n’étant pas d’usage dans la presse magazine, elles ont attendu le bon moment pour se montrer, telles que je les souhaitais.

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Mon choix du noir et blanc est celui de l’intemporalité car le cigare est intemporel. Il suffit de se rendre dans les champs de tabac et dans les manufactures pour comprendre que le processus de fabrication n’a pas changé. Il est avant tout dans le travail de la main de l’homme, la mécanisation est marginale. C’est certainement ce qui a touché mon oeil. Chacune des étapes est celle des origines, chaque geste est l’héritage du passé et se transmet, chaque terroir possède son identité, chaque manufacture sa signature, chaque pays producteur
son style. Il y a dans le cigare tout ce qui m’inspire photographiquement : la beauté des champs de tabac, la main de l’homme, belle, brute et précise, le respect de la matière première, l’amour du geste, la patience, la passion partagée, et puis la réalisation d’un produit d’exception qui livre ses plus beaux secrets.
Ce livre de photos me permet de rendre hommage au travail de ces hommes et de ces femmes, anonymes pour la plupart, qui façonnent de leurs mains ces cigares que nous pouvons fumer à travers le monde. Il est aussi pour moi l’occasion de partager ma passion pour un univers d’exception. ( texte de Luc Monnet )

Titre: CIGARES
Auteur: Luc Monnet
Collection: Hors collection
Prix: 21 euros
Format: 220 X 260
Editeur: HDifusion
Date d’office: juillet 2014
Couverture: Broché avec rabats
Nbre de pages: 88 pages
Nbre Illustrations: plus de 100 photographies

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Je me suis souvent demandé si une revue consacrée au cigare avait vraiment besoin de texte.De photos, oui, sans aucun doute. Obligatoire même. A la création de L’Amateur de Cigare,nous avons donné d’emblée à la photographie la place qu’elle mérite, la première. Rien n’est plus visuel que le cigare. L’écrit est souvent là pour souligner, commenter ce que nous voyons, apportant parfois une information déjà donnée par l’image. La photographie ne dit pas tout mais elle reste le moyen d’approcher au plus près le mystère de cet objet dont l’évidence – un cylindre – est souvent trompeuse. Derrière l’apparence, sous la cape, se cache une autre réalité que seule l’image peut saisir. Prééminence de la photo, le texte en annexe. Faut-il opposer les deux ? Cette question, je me la pose depuis vingt ans que j’observe les photos de Luc Monnet qui, dès le commencement, a accompagné l’aventure de notre revue. Avec cette série en noir et blanc, le doute n’est plus permis. Nul besoin de raconter le cigare avec des mots, Luc Monnet s’en charge. Ce n’est pas que les commentaires, les explications soient redondants. Ils sont utiles et parachèvent le propos visuel. Mais on voit bien qu’entre le cigare et la photographie existe un accord secret, une connivence qui, sans reléguer l’écrit au second plan, en amoindrit l’efficacité et la légitimité.
Luc Monnet a compris dès le début cette profonde complicité. Son coup d’oeil ne s’est jamais usé. Il a gardé la même curiosité, la même intégrité. La même gourmandise aussi. Il aime le cigare et les humains qui l’élaborent. Cela se voit et cela n’a pas besoin d’être écrit. Le mode d’organisation du cigare est souvent impénétrable, il contient une part ésotérique, comme si sa constitution était réservée à des initiés. Fabriquer un cigare consiste en une multitude de séquences très savantes, pas toujours spectaculaires. Leur ordre d’enchaînement est si compliqué qu’une opération ou un détail échappe presque toujours au non initié. Qu’importe. Luc Monnet est posté à ce moment que nous n’avons pas vu. Rien ne lui échappe. Il aurait pu se contenter de commencer par les champs de tabac mais non, il lui faut remonter à l’origine. Il va examiner la graine de tabac dans le laboratoire spécialisé où s’élèvent les semences. Il est présent à toutes les phases du cigare. Il est témoin du dénouement lorsque se referme la boîte munie du sceau de garantie. Tout est donc fini ? Mais non, une autre aventure commence, celle du compagnonnage entre le cigare et l’amateur. Evidemment Luc Monnet est encore là. C’est une autre histoire …Le photographe ne dira jamais son dernier mot.

Jean-Paul Kauffmann

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