Interview « Jean Michel Haedrich » ( écrivain )

Connaissez-vous Jean-Michel Haedrich ?

Pour beaucoup ce nom ne vous dit surement rien, et pourtant peut-être sans le savoir, dans votre bibliothèque vous possédez un de ces livres sur les cigares ( Le Manuel de l’amateur de cigares, Habanos ou quelques ‘ Havanoscope’ parue dans les années 90/2000), pour ceux qui ont connu la revue ‘Club cigare’, Jean-Michel faisait aussi partie du staff, comme un des éditorialistes de ce magazine. Ma rencontre récente avec Mr Haedrich remonte maintenant, il y a quelques mois lors de son intervention sur  » le blog : Les cigares selon Edmond’, je ne connaissais rien de lui. Je connaissais uniquement son site sur le cigare qui malheureusement depuis n’est plus accessible ! Tout amateur de cigares se doit de connaitre ce monsieur, aujourd’hui retraité et toujours grand passionné de Habanos. Je vous invite à découvrir ce personnage, figure emblématique du cigare en France par ce modeste interview, dont Jean Michel a bien voulu se préter.

Edmond: Vous êtes écrivain, journaliste mais encore ? beaucoup  ne vous connaissent pas et c’est bien dommage. Ensemble j’espère que  nous allons y remédier. Pour commencer Jean Michel, qui est Mr Haedrich ? Vous êtes originaire d’Alsace de la ville de Munster si je m’abuse.

Jean Michel : Écrivain (?) oui certes, même si mes livres sur les cigares ( et les pompiers! diable, vous êtes bien  renseigné ! ) ne m’ont pas apporté la fortune. Journaliste? J’ai notamment vécu 30 ans à Paris Match. Mais, depuis que Club Cigare, harcelé par Défense des Non Fumeurs, s’est sabordé, je ne suis plus qu’un retraité. Qui tente d’écrire des romans, hélas sans réussir à séduire des éditeurs. Si mon père est effectivement né en Alsace, à Munster il y aura cent ans le mois prochain, moi je suis né à Lyon. Il y a un peu plus de 70 ans. Du temps où Lyon faisait partie de la « zone libre » et où mes parents s’étaient réfugiés. Mais je connais peu la « Capitale des Gaules »: dès la Libération je suis « monté » à Paris. Comme je pense que vous avez d’autres questions… il me paraît inutile de m’étendre davantage.

Edmond : Merci pour ces précisions, tout n’est malheureusement pas sur internet, pour les pompiers pous m’expliquerez un jour ? Restons Havane pour le moment…
Jean Michel, la revue « Club Cigare » a disparu des kiosques, cela doit faire 5 ans je pense, après avoir subit les foudres de ses détracteurs. Que représentait t-elle pour vous ?

Jean Michel : d’abord une première parenthèse: c’est vrai j’ai commis un livre sur les pompiers de Paris. Une commande de leur état-major du temps où j’étais à Match. Pour la disparition de « Club Cigare » je crois que cela fera tout juste trois ans. Mais je ne pourrai confirmer qu’à mon retour à Paris la date du dernier numéro.
À « Club Cigare » je me sentais particulièrement libre de choisir mes thèmes sur le cigare: entretiens avec de vegueros, des directeurs de fabriques des créateurs de cigares (pas seulement cubains). Bien
 sûr j’ai fini par devoir sacrifier aux « dégustations ». Ce qui, au départ, ne me plaisait pas vraiment. Cela dit, avec Jean Christiansen (« l’Atelier ») et à la suite d’une discussion avec Michel Daloglou qui, à l’époque, était le responsable cigares d’Altadis – nous avons mis au point, Jean et moi, un vrai plus je crois. Nous avons subdivisés les arômes en sous catégorie (notes torréfiées, végétales, animales, rondeur) Quand vous prenez les dégustations classiques, celles de l’Amateur par exemple, vous pouvez tomber sur des cigares de provenances diverses mais présentant sensiblement les mêmes notes « d’arômes ». Notre subdivision permettait de mieux souligner les caractères spécifiques des terroirs. Autre chose, concernant nos dégustations, et dont je suis assez fier, le rejet de parler en « tiers » (premier tiers deuxième tiers…) Si  tout cigare, à la dégustation, présente trois temps – départ, corps proprement dit (le « divin » de Gérard) et final. Ces trois étapes ne sont pas de même longueur. D’ailleurs, les très grands cigares se fument à « s’en brûler les lèvres ». En outre, la mode des « petits et gros » interdit à ces nouveaux modules d’attendre le premier tiers de leur fumage pour exposer leurs talents.

Jean Christiansen ( chef étoilé )

Edmond: Comment percevez-vous l’évolution de ces nouveaux formats, lorsque le premier « robusto » fait son apparition dans les années 1980/1990, méprisé à l’époque et depuis adopté par la majeur partie des amateurs ! Aujourd’hui les « short-robusto », et demain ? Un espresso short robusto de 5cm, je crois d’ailleurs qu’il existe déjà ! Croyez-vous au fumez, court et bon ?

Jean Michel : Je ne suis qu’un fumeur, qu’un amateur.
Bien sûr, cela m’attriste de voir tous ces « créateurs » de cigares .Qu’ils soient cubains, dominicains, honduriens ou autres – multiplier les formules de « petits gros ».. Ils arguent les nouvelles lois anti tabac pour proposer, disent-ils, des cigares plus rapides à fumer. Imagine-t-on « Mouton Rothschild » commercialiser son vin en quart de bouteille ?
 Les producteurs croient bien faire. Je pense qu’ils écoutent trop leurs conseillers « marketing ». Personnellement, quand le temps m’est compté, je vais me contenter d’un petit casadores plutôt que d’un petit Edmundo à 8 ou 9 euros  (vérifiez le prix). Je sais, les modes changent. Je reste nostalgique du Lanceros de Cohiba et du Série N°1 du Connaisseur de Partagás (dont, pour ce dernier, la production a cessé). Mais je comprends la position des producteurs. Si ces cigares ne se vendent plus, à quoi bon les produire? De là à se jeter sur les « petits gros »… Un cigare (qu’il soit cubain dominicain , hondurien ou autre) ne devrait pas être élaboré pour être fumer à la hussarde!

Edmond: Effectivement le monde change, le cigare s’adapte aux  nouveaux consommateurs. J’avoue qu’il est difficile aujourd’hui de fumer un Lusitania ou un punch double corona ! Mais vos propos sont plus que pertinent Jean Michel, un fumage rapide est antinomique à ses principes, celui-ci n’est-il pas une réflexion, une méditation, voir une intermède avec soi-même sur le temps qui passe ! Jean Michel, comment fumez vous aujourd’hui ? Que vous apporte le « Havane » car je sais que vous le privilégiez avant tout des autres terroirs ?

Jean Michel : Petite précision sur ma manière de fumer: je m’applique à « mâcher » la fumée. Ainsi, humectée par ma salive, elle se « colle » à mon palais et exprime l’essentiel de ses arômes.
 Autre détail: j’ai dit que je fumais essentiellement chez moi. Hommage à mon épouse qui, bien que ne fumant pas, me « tolère ». Grâce lui en soit rendue.

Edmond: Une méthode que j’ai aussi adopté ! Technique qui permet de mieux identifier les différentes saveurs, la fumée se mange, comme un met de choix ! N’est-ce pas Jean Michel ? Merci de l’avoir évoqué. Et  je tire mon chapeau à madame, belle preuve de compassion et de mansuétude. Là où l’admonition est de mise pour beaucoup de fumeur en  général. Quel cigare appréciez-vous en ce moment au quotidien ? et quel est votre cadence de dégustation ?

Jean Michel : Au quotidien ? Après-déjeuner, avant de sortir la chienne dont j’ai héritée, je me contente bien souvent d’un Petit Cazadores de J. L.Piedra. Le soir, toujours le plus souvent, soit un Allones Specially Selected soit un Magnum 46 de H. Upmann. Toujours à cause de la chienne qui a besoin d’une dernière promenade, j’évite les prominentes (double corona). Bon, de temps à autre, un magnum 50, voire un Lanceros ou un Siglo VI…
Comme vous devez l’avoir deviné je suis à deux, voire trois, pièces par jour. Avec le temps (et la retraite), je suis devenu plus raisonnable.

Edmond: 3 pièces par jour, c’est une belle moyenne ! Quelle était votre consommation déraisonnable Jean Michel ?
J’aimerais revenir sur un chapitre essentiel de votre vie, celui où vous étiez éditorialiste de l’Havanoscope. Qui fût l’initiateur, les protagonistes de ce guide ?

Jean Michel : Ma consommation déraisonnable ?
La déraison m’était imposée par mon « travail ». Notamment lors de l’élaboration du « Havanoscope ». En outre, certaines journées, à Cuba à l’occasion de certains Festivals…  Mais foin de déraison. Le cigare est, et doit rester, affaire de plaisir. À chacun de fumer quand il peut, afin d’en jouir pleinement. Le seul modèle c’est soi. L’initiateur du « Havanoscope » Dans la mesure où c’est lui qui en prit la décision finale, Jean-Paul Kaufmann. Les protagonistes ? Le comité de dégustation d’alors avec un rôle plus prononcé de JPK Richard et moi. Mais je n’oublierai pas le rôle d’Annie Lorenzo. Cela dit,pour  moi, le Havanoscope appartient au passé. Donc, « joker » pour plus de commentaires sur ce sujet.

Jean-Paul Kaufmann ( L’amateur de cigare )

Edmond : en voilà une belle transition, Cuba ! Quel est votre plus beau souvenir ? et quel conseil me donneriez-vous pour ce voyage que j’envisage à Avril ?
Je suppose que les vegueros ne vous ont pas livré tous leurs secrets !
Reste 2 jokers, Jean Michel.

Jean Michel : D’abord une précision. Vous aviez presque raison à propos de la fin de « Club Cigare ». Leur dernier numéro (sans une ligne sur le cigare et auquel je n’ai évidemment pas participé) date date du printemps 2009. Donc dernier numéro « cigare »: hiver 2008, soit quatre ans (et non 5).
Mes plus beaux souvenirs de Cuba?Non, je e veux as utiliser un joker, mais… J’ai « découvert » l »île en 1981. Jusqu’en 2008, j’y suis retourné au moins une fois par an. Ça fait beaucoup de bons souvenirs. Et quelques déceptions aussi, bien sûr.
Vous planifiez un voyage en avril 2013. En cinq ans Cuba a changé. Ainsi, à moins que cela change encore, vous ne pourrez plus visiter une manufacture (à moins de faire partie d’un groupe officiel, qui aura négocié). Abel est-il toujours le gérant de la Casa del Habano de Partagás? Enrique Mons est-il toujours en activité dans sa Csa del Habano de l’Habana Club? Mons, un super expert, a été le premier à créer une boutique (Quinta y Diez y seis – sur la cinquième avenue, au carrefour le la 16e rue)) spécialisée dans la vente de Habanos.
Perdez-vous dans la Vielle Havane, offrez-vous au moins un aller le long de la 5e avenue, poussez jusqu’à ce Club Habana et offrez-vous une journée plage (ça coûte moins cher en semaine, la plage est superbe) et déjeuner, au bord de cette plage, d’un poisson grillé (il y a quatre ans, le restaurant affichait des prix très abordables.
Bon, la Vuelta Abajo est un passage obligatoire.  Même si en avril, les plantations devraient être pauvrettes (la récolte devrait être terminée, en principe). Vous laissera-t-on entrer dans une « casa de escogida » où sont traitées les feuilles? Je crois savoir que la finca de Robaina fait maintenant , aussi, restaurant. Je ne sais pas si Hiroschi, son petit-fils, se souvient de moi.
Trinidad, même si son apport cigarier est moindre, est une ville-musée à visiter. Et puis, il y a Varadero.. Devenue une horreur avec ses murilles d’hôtels « all included ». Cela dit, la mer y est toujours chaude et calme. Une bonne chute de voyage! Mais – à moins que cela ait changé, – les Habanos y sont vendus plus chers qu’ailleurs. Le « marketing » à la cubaine!!!
Quant aux Cubains (et aux Cubaines), méfiez-vous de ceux qui vous abordent sans vous connaître. Ou il veulent vous vendre des faux (cigares, rhums, médicaments…) ou ils ont une maman à l’hôpital à laquelle ils doivent apporter des médicaments qui ne se paient qu’en Cuc…
tout cela intéresse-t-il vos lecteurs ?

Edmond: Quelle fût votre plus belle rencontre Cubaine, humaine ou cigare bien sûr, voir les deux à la fois Jean Michel ?

Jean Michel : Je vous trouve bien indiscret… Cela dit, de tous mes rencontres cubaines, à coup sûr, celle de José Fernandez Maique – plus connu comme « Maique » – reste la plus belle. Même si, à notre première rencontre,  ce ne fut pas la complicité. Je le prenais pour le roi du « téké-téké » (la langue de bois, version cubaine). Et puis… Il est venu à Paris. Nous avons appris à nous connaître. Il est devenu un Ami. Et quel expert en matière de Habanos! Il connaît tout, de la feuille à la vitole. Et il aime aire partager ses connaissances. Un homme formidable. Et, j’insiste, un ami.

Edmond: Tout comme votre ami « Maique », peut-être qu’un jour le serons nous ? Et ma curiosité ne sera plus synonyme d’indiscrétion, mais uniquement de partage.
 Quelle est votre plus belle découverte en terme de dégustation ses 2 dernières années, y a t-il un cigare que vous aimeriez susciter l’adhésion ?

Jean Michel : Ces deux dernières années? J’avoue ne pas avoir été tenté par des découvertes. Si, peut-être, parmi les nouveautés, le Half Corona de H. Upmann. Un « petit » que j’ai trouvé intéressant. Bon, il y a les Behike… J’en ai fumé très peu. Je ne suis pas du tout d’accord avec la politique d’Habanos qui les a mis à un prix… trop bas! Les dirigeants d’Habanos  Maique n’avait pas encore les responsabilités et ont ainsi dévalué ces cigares, les situant au niveau de « Habanos chers » alors qu’iis auraient dû (vue leur petite production) en faire des « Habanos d’exception ».
N’ayant plus d’activités professionnelles cigarières, j’avoue que je ne cours plus après les nouveautés. Je m’en tiens aux classiques. Et, pour moi, le meilleur des meilleur, bien que complètement démodé, reste le Lanceros de Cohiba, dont la production a légèrement repris (ce qui n’est pas le cas des Série du Connaisseur de Partagás, autres merveilles démodées). Et puis, encore un Habano en chute de popularité, le 8 – 9 -8 de Partagás, autre merveille.

Edmond : Votre remarque concernant les ‘ Behike’ est inattendue! Beaucoup ont tendance à le trouver très prohibitif, très ‘bling-bling’,symbole d’une appartenance à une caste de nanti qui malheureusement n’y connait pas grand-chose ! Mon fils m’a offert un Behike 52 à Noël, pour être honnête, ce sera mon tout premier et je compte bien l’apprécier à m’en bruler les doigts. Jean Michel, afin de rendre ce qui est à César, comment justifierez-vous , si Habano augmentait le ‘Behike’ de 100%, voir 200% ? Quelle serait votre argumention pour légitimer ce prix exceptionnel ?

Jean Michel : « Behike » nous a été présenté comme un cigare d’exception ( à cause de la quatrième feuille de sa tripe, un « artifice » utilisé avant la Révolution cubaine, paraît-il, par certains cigariers cubains ). Et il a été vendu simplement un peu plus cher que le Siglo VI, alors qu’il se présente dans un coffret plus somptueux. Je persiste et signe, il se sont plantés en le « bradant ». Maintenant, ils ne peuvent plus bouger son prix.  Ils ont laissé passer l’occasion. Mais je crois que les dirigeants devraient penser à la réalisation de super Habanos, élaborés à toute petite échelle et hors de prix. Des Habanos qui seraient aux cigares ce que sont les très grands crus bordelais ou bourguignons dans le mode du vin. Naturellement cela demande beaucoup de rigueur, de sérieux. Trop pour les Cubains à qui, il est vrai, leurs dirigeants ne laissent guère le temps.

Bon, ce ne seront pas des cigares pour nous. Ils seront destinés aux milliardaires (« fumeurs de bagues »). Peut-être, ne mériteront-ils pas de les fumer, mais ceci est « une autre histoire ».

Edmond : Justement en ce qui concerne la rigueur, pensez-vous qu’à long terme d’une manière généra que  le cigare pourrait se trouver en danger ? Comme vous l’avez dit Cuba change, le tourisme a fait son apparition dans les années 85-90 d’abord timidement, aujourd’hui c’est une industrie florissante qui est devenue une véritable manne pour le gouvernement Cubain. Malheureusement la majorité des Cubains ne jouissent de rien ! Certains observateurs craignent que le régime de Castro pourrait se fissurer demain et entraîner dans sa chute le ‘Habano’ par l’arrivée entre autres d’ investisseurs Occidentaux, Américain, Chinois… Quoique l’on soit de tout cœur avec le peuple cubain pour une levée de l’embargo, ainsi qu’une amélioration notable de leurs conditions de vie. Il est difficile de ne pas penser égoïstement à nos cigares ! Qu’en pensez- vous Jean Michel ?

Jean Michel : Le tourisme cubain florissant ? Vues les possibilités qu’offre ce pays, le tourisme à Cuba reste peanuts. Combien de vrais touristes chaque année ? Bon, je n’ai pas les chiffres, mais cela reste inférieur aux 2 millions d’entrées.  En 1990 il y en avait un million. La majorité des Cubains ne profitent pas de cette (maigre) manne ? Attendez de découvrir les réalités de l’île, regardez-les vivre… Nous en reparlerons après. Beaucoup en sont restés au temps où l’Urss soutenait l’île et quand tout tombait, presque gratos, du « ciel ». Le « Habano » – grâce (?) à Fidel – est déjà à moitié sous contrôle étranger ( Altadis puis Imperial tabacco ). Le marché international du Habano reste tributaire d’une production qu’on ne peut guère multiplier et, de fait, demeure un « marché de niche » . Combien de fumeurs de cigares (toutes provenances confondues)? Probablement moins d’un million de fumeurs réguliers dans le monde ( j’entend, par fumeur régulier celui qui fume au moins 3 cigares par semaines ). Enfin, pour clore ce débat, si les Habanos jouissent d’une grande réputation mondiale, ils ne représentent qu’une ressource faible (en fonction des besoins de l’île) de Cuba. Alors, ne tombons pas dans la paranoïa.

Edmond : Revenons dans l’hexagone Jean-Michel, vous qui avez connu l’avant et l’après ‘Tabac’, une époque où tout était permis en matière de volute ! Que pensez-vous de ce climat de délation, de discrimination et de persécution que rencontrent aujourd’hui les fumeurs de cigares. Les procès à répétition à l’encontre du dernier magazine de cigare par la DNF qui ont eu raison d’ailleurs du ‘Club Cigare’ . Nous sommes passé d’un extrême à un autre, sans compromis, sans respect pour  nos libertés. Suivez-vous de près cette actualité ?

Jean Michel : En France, comme dans la plupart des pays occidentaux, on se gargarise volontiers du mot « démocratie »… Mais on ne cesse de voter des mesures d’interdiction. Interdire, punir ( les autres, évidemment ) sont devenus les deux mamelles des conversations « mondaines ». Je trouve ces débats plutôt désolants et, pour répondre à votre question, je paraphraserai je ne sais plus qui: je suis tout cela d’un derrière distrait.

Edmond : Revenons si vous le voulez bien sur la « subdivision des arômes » qui je pense intéressera mes lecteurs ! Pourriez- vous à nouveau développer,  cette méthode  d’appréciation et de comparaison des différents terroirs de culture de tabac noir ? Que nous puissions bien comprendre cette approche. 

Jean Michel : La subdivision des arômes ? Assez simple, d’autant que chacun, en fonction de son palais, de ses goûts,  Le principe: les arômes sont variés. Deux cigares peuvent séduire par leur richesse aromatique sans que cette dernière soit comparable. Un Habano, un Dominicain, un Hondurien vont séduire par des arômes très différents.

Avec Jean, nous avions subdivisé les arômes en 5 sous-tranches.  Nos « catégories »? Notes animales, notes épicées, notes végétales, notes torréfiées, Rondeur. Encore une fois, chacun établira sa propre échelle, en fonction de son palais. 

Est-ce assez clair ?

Edmond : Si je comprends bien, sans vraiment le savoir nous utilisons tous votre méthode ! C’est assez inouï s je trouve. Vous voyez Jean Michel, il était judicieux de faire cette interview et ainsi  vous rendre ce petit hommage.

 Comment se fait-il que vous n’ayez pas créé votre cigare ? Comme Gilbert Belaubre la fait avec la marque ’Credo’, Les ‘ Pléiades’ et ‘Quai d’Orsay’. Vous disposiez de toute l’expérience, le savoir, les contacts, pour vous lancer dans une telle aventure.

Jean Michel : Une chose est de posséder des connaissances et même des relations… Le meilleur critique gastronomique ne fera pas un bon « chef ». Il faut savoir se cantonner dans ce que l’on sait faire. L’expérience de Belaubre avec les Quai d’Orsay est d’ailleurs révélatrice. En outre – sans doute échaudés par leurs expériences avec Davidoff et Dunhill – les Cubains ne sont pas chauds (un euphémisme) pour aider un étranger à créer une nouvelle marque. Et j’ai été témoin (presque actif) de deux tentatives de ce genre. Cela dit, il paraît que j’ai joué un petit rôle dans l’élaboration du Magnum 50 de H. Upmann. Certaines de mes réflexions auraient aidé au choix du module. Du moins me l’a-t-on dit. Ce n’est pas si mal, non ?  

Edmond: Pas mal du tout, désormais lorsque je dégusterai un Magnum 50, une petite pensée volatile et éphémère soufflera dans votre direction à votre bon souvenir. Vous évoquez Davidoff et Dunhill. Sans faire de prosélytisme pour l’un ou pour l’autre, vos chemins ont dû sûrement se croiser, je pense notamment à Zino ! Alfred étant décédé bien avant en 1959. Y a t-il un souvenir, une anecdote le concernant ? Je sais vous allez encore me trouver bien indiscret !

Jean Michel : Zino… Oui ! Quand je l’ai rencontré, vous allez rire, je ne connaissais rien de lui. C’était en juin 1971. Un rédacteur-en-chef de « Paris Match », sous prétexte d’une enquête sur le choléra auprès de l’O.m.s., m’avait dit: « Passe aussi chez Davidoff et rapporte moi une boîte de El Rey del Mundo ». Je pense qu’il s’agissait des « Grandes de España » mais je n’en suis pas sûr. Et me voici chez Davidoff. Client lambda. Et qui pour me servir? Zino (je le répète, je ne le connaissais pas) en personne. Et nous commençons à parler. “Ah! vous travaillez à Match? Vous connaissez X… Y… Et vous, que fumez-vous… » Et il m’a vendu une boîte de 10 N°2 de Davidoff (un rédacteur -en-chef adjoint m’avait passé commande d’une seconde boîte, et la douane, à l’époque, était assez stricte). Et Zino m’a offert (bonus) un Davidoff N°2…  Le lendemain, de retour à Paris, j’apprenais que j’allais être père pour la première fois. Ce N°2 devait prendre une saveur partiulière. Je l’ai fumé chez Monteil, un restaurant des Halles où ma femme et moi avions décidé de célébrer la bonne nouvelle. J’ai revu Zino par la suite. Je lui ai raconté « l’histoire » de mon premier N°2. Il a ri. Je n’étais pas encore un journaliste du cigare « célèbre ».

Un personnage étonnant. Il n’avait pas hésité à publié dans un de ses livres la photo de la manufacture de El Laguito en prétendant qu’il s’agissait de la sienne. Il affirmait qu’il choisissait lui-même les feuilles qui entraient dans la composition de ses cigares… avant de vous dire, dix minutes plus tard, que Castro vivant, il n’était pas prêt de remettre les pieds  à Cuba… Un sacré personnage. Et un « vendeur » hors-pair.

Zino Davidoff

Edmond : Je pense qu’il est temps pour nous de se quitter Jean-Michel, je n’abuserai pas de votre gentillesse. Votre altruisme est tout à votre honneur Mr Haedrich, vous avez joué le jeu des questions-réponses sur mon blog en toute simplicité et humilité et j’espère en tous les cas que mes lecteurs seront conquis par cette générosité. Le cigare est pour moi synonyme de rencontre et de partage, de découvertes. Je déteste la raideur et la grandiloquence de certains fumeurs de cigare, tout le contraire de vous, surtout ne changez rien Jean-Michel ! Connaissez-vous l’émission ?« J’irai dormir chez vous, avec Antoine de Maximy », et bien moi j’irai bien fumer un cigare avec vous un jour !

Jean-Michel, merci à vous. Vous êtes le bienvenu sur le blog pour intervenir et corriger certaines de mes erreurs.    

Jean Michel : Bon courage à vous. Je vous joins une photo récente prise chez mon ami Éric Rogoff, un ami, un « chef », propriétaire d’un petit restaurant sans prétention mais fort bon (et aux prix très raisonnable), « l’Alchimie » ( 34 rue Letelleir – 75015 Paris – 01 45 75 55 35 ). Hélas on ne peu plus y fumer… Sauf après la fermeture !

À propos d’adresses à Cuba, dans le dernier Havanoscope, toute une liste d’endroits ( restos, bars…).

 


Éric Rogoff et Jean Michel Haedrich

4 commentaires sur “Interview « Jean Michel Haedrich » ( écrivain )

  1. Excellentes questions et bel entretien(merci Edmond!) avec un authentique amateur et grand connaisseur du cigare et de ses arômes ! Tous les fondamentaux sont là et il est essentiel d’y revenir sans cesse. Pertinentes réflexions concernant le fumage rapide (définitivement antinomique), les nouveaux consommateurs (formatés et stressés mais on a la société qu’on mérite), le marketing… Et quelle évidence quand il nous dit s’en tenir aux classiques! Il n’est que de voir ses cigares préférés pour constater qu’on y retrouve les meilleurs, invariablement.
    Bref, un retour aux sources salutaire !
    Merci Jean-Michel!
    Merci Edmond!

  2. Par ailleurs, je suis aficionado non pas de courses de taureaux mais d’Antoine de Maximy (dont tu parles) un routard comme on les aime !

  3. Merci de tes interventions Cape, il ne faut pas oublier qu’un blog vit grâce à ses lecteurs.
    Bonne fin de dimanche.

Les commentaires sont fermés.

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